samedi 8 août 2015

LES CIRCONSTANCES DU DIAGNOSTIC ... CIRCONSTANCES DU TRAITEMENT ...



Et si finalement la médecine générale n'était qu'une question de CIRCONSTANCES.
CIRCONSTANCES du diagnostic ... d'une rencontre ET du choix de son médecin  ...
CIRCONSTANCES du traitement ... traiter ou ne pas traiter... pouvoir ou ne pas pouvoir traiter ...

DES MOYENS à disposition ... des moyens qu'on nous donne ou qu'on n'a pas ...
qu'on voudrait avoir PARFOIS ... qu'on espère SOUVENT ...
les moyens du bord ... et tout ce qu'on aura jamais ...

Médecine au long cours ou médecine de l'immédiat ...
nous naviguons à vue, souvent dans la tempête ... et parfois sans bouée ...
Nous devons apporter une réponse aux circonstances.
circonscrire l'incendie ... prévenir ou agir ...
circonscrire l'urgence circonscrire l'essentiel du superflu, l'accessoire du principal.

Tout est question dans l'instant d'apporter la bonne décision, questions d'une vie (et de mort) pour certains, de la santé d'hommes et de femmes qui ne nous appartient pas.

Nous sommes seulement les dépositaires d'une histoire et des fragments d'une existence dont le contenu doit laisser laisse libre cours à l'exercice si particulier et unique qui est celui du praticien.
Et ce sont les circonstances elles mêmes qui nous mettent inévitablement en position de force mais aussi dans une situation de très grande faiblesse, situations souvent délicates face à aux réalités de tous les jours, instants fragiles et fugaces, fruits d'une expérience quotidienne et singulière.


Mais il n'appartient finalement qu'à nous, soignants ou soigneurs, médecins de terrain, d'hier et d'aujourd'hui, d'en assumer les risques, les conséquences et la lourde responsabilité qui en découlent,

et avec la VOLONTÉ de tous les jours et en toute INDÉPENDANCE, de vaincre la maladie ou d'accompagner les malades, de se battre pour la vie et la santé de nos patients ...

jeudi 11 décembre 2014

Tu seras, médecin, mon (ma fille) fils !




Tu seras un homme, une femme, médecin, mon (ma fille) fils  !

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie (ou de ta journée ou d'une simple consultation ..),
Et sans dire un mot te mettre à rebâtir (à chaque jour, année après année ...),

Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties (cent consultations ou d'une seule, aussi bien conduite que (mal)menée dans les meilleures (ou pires) conditions),

Sans un geste et sans un soupir,

Si tu peux être amant "LE médecin", traitant et digne de confiance, sans être fou d’amour, (imbu de pouvoir ou ivre de ta puissance),

Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
(Faire preuve d'autorité sans être autoritaire, être sérieux dans chacun de tes actes de tous les jours sans te prendre au sérieux ...)

Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre,
Si tu peux supporter d’entendre tes paroles,
Travesties par des gueux (tes patients, l'Administration, les Caisses  ou tes chers confrères pour exciter les sots (toujours les autres contre toi, jaloux ou possessifs, cyniques ou roublards, intéressés ou vénéneux ..)

Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles,

Sans mentir toi même d’un mot,

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les Rois,
Et si tu peux (t'efforcer d') aimer tous tes (chers) amis (et les autres) en (con)frère,
(Les plus haïes ou les plus détestés, les plus orgueilleux ou les les plus fiers ..)

Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi, (la possibilité d'un renoncement),

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser jamais ton rêve être ton Maître,
(Au détriment de l'autre, des tes confrères, de tes patients ou d'un autre tiers ...)

Penser sans n’être qu‘un penseur (et moralisateur ..),
("Le mieux est l’ennemi du bien")

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
("fluctuat nec mergitur"  flotte, surfe mais ne coule pas ... )
 Si tu peux être brave et jamais imprudent,
(Primum non nocere,  d'abord, ne pas nuire ou être nuisible ...)
(et vaut il "mieux prévenir que guérir")
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
("mieux tenir (que courir) que guérir")
Sans être moral ni pédant,
 ("Olim Cous nunc Monspeliensis Hippocrates" )
Si tu peux rencontrer triomphe après défaite,
("Errare Humanum est")

Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête (ton indépendance et ta liberté),
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Ne seront (peut être pas) à tout jamais (à tout jamais !!) tes esclaves soumis,
(Et peut être pas toujours avec toi)
Et, ce qui vaut mieux (finalement ?!) que les Rois et la Gloire (ou la reconnaissance),

Tu seras Un homme (Une femme) Médecin, (ma fille), mon fils ! 

mercredi 22 octobre 2014

de la difficulté d'hospitaliser son patient ...

Illustration : 

 

La célèbre pub de la vache qui rit : Le Casting (1984)

 

Toujours d'actualité sur 

https://www.youtube.com/watch?v=ktZ-5FVafXA

J'y pense souvent quand je ne parviens pas à faire hospitaliser mon patient :

 

"C'est (parfois) très difficile de trouver une place à l’hôpital et nous entendons souvent :

Trop vieux

Pas assez malade ou trop malade

TROP BANAL ou trop compliqué

TROP LOURD

Trop cher ou trop typé

Trop tard, TROP MAIGRE

Pas de place, désolé ...

Pas le moment, pas le lieu, pas la bonne indication, la bonne orientation ...

Trop de problèmes ...

Pour être une bon malade et plaire à tout le monde, il faut avoir AU choix ...

une bonne maladie ...

une bonne "personnalité" ... "

 

et un bon casting  certainement ... !! 

 

Ou peut être tout simplement aussi un "bon médecin" ?? 

Ou un "médecin à part", pour ses malades, "mon docteur !!"

 ... un "médecin pour ses malades" ...

Et peut être pas toujours à la hauteur des attentes des patients ou de leurs familles ?

Et le casting n'est pas toujours des plus réussi, nous devons l'avouer, aussi !! 

Pas toujours à la hauteur de nos espérances ... ou désespérances (quand il est question de malades, de maladies et souvent de grandes souffrances ...).

mercredi 1 janvier 2014

CHACUN CHERCHE SON DOCTEUR


 
S'il consulte plus de trois quart d'heures, il n’en finit pas et la salle d’attente désespère !
S’il consulte moins de dix minutes…
il bâcle son travail et ne pense qu'à son argent !

S'il est en retard à cause des urgences et peut être aussi, trop souvent à cause de sa disponibilité auprès de ses patients, on dit qu'il exagère et qu'il abuse !
S’il fait trop de visites … il n’est jamais à son bureau et les gens diront qu'on profite trop de ses bontés ! S'il n'en fait pas assez, on dira qu'il se désintéresse de se patients !


S’il aborde des problèmes sociaux … il vire à gauche !
S'il est trop dur avec ses malades ... il vire à droite et on le traite de facho !
Certains diront qu'il vieillit ou qu'il manque d'expérience ...

S'il est trop direct avec ses patients, on dira qu'il manque de tact ?
Pas assez, et personne ne le comprendra (ou feindra de ne pas le comprendre) ...


S’il devient plus exigeant… il ne veut faire que de la "vraie médecine" et soigner de "vrais malades" !
Qu'il n'a plus de cœur et manque d'humanité ... Qu'il est trop technique ... Qu'il ne pense qu'à lui ...
S'il refuse tout à ses malades ... il a peur de tout et la crainte et les foudres de la sécu ...
trop proche de ses quotas, de ses points et de la Sainte Sécu !
S'il ne fait rien ... c'est un je m'en foutiste au mieux !  au pire
un incompétent !
De toute façon, il est coupable car  trop négligeant !

S’il va travailler ailleurs, dans un centre de soins, clinique, hôpital ou dans une association ...
S'il va en formation ou à des congrès …
S'il ose faire du syndicalisme, s'intéresser à sa profession et s'investir dans des activités extra-professionnelles,
c’est qu’il n’a rien d'autre à faire dans son cabinet et préfère se la couler douce que de s'occuper de ses malades !

S'il prend trop de congés, on dira qu'il abuse ! de toute façon, il en prend toujours trop, toujours quand on est malades !
S'il n'en prend pas assez, on dira au mieux qu'il aime trop son travail et ses malades, au pire qu'il aime trop l'argent,
mais qu'il exagère et ne va pas tenir à ce rythme et qu'il néglige trop sa famille !
S’il reste caché dans son bureau et ne répond plus au téléphone que par l’intermédiaire de son secrétariat …
on dira qu'il s'est coupé du monde, de ses patients, de autres soignants et de la réalité qui l'entoure !
S'il répond à tous les appels, le téléphone ne cesse de sonner, les consultations s'éternisent et les patients s'impatientent ...

S’il réussit auprès des jeunes et des enfants … il est trop familier  !
S’il voit trop de malades … il en fait trop et il est trop démago !
S'il n'en voit pas assez, c'est qu'il a du temps à perdre et n'a pas besoin d'argent !
On dira qu'il passe à côté des problèmes de son temps et ne peut pas faire de la bonne médecine !


S’il fait des travaux dans son cabinet … il jette l’argent par les fenêtres !

S'il ne fait rien, il compte ses sous ...
il laisse tout à l’abandon et néglige le confort de ses malades ...

S’il collabore avec les équipes médico sociales, avec la sécu ou la médecine du travail … il est trop influençable !
Il se laisse trop mener par le bout du nez !
S'il s'isole, il est égoïste et trop individualiste ! trop perso !

S'il reçoit les visiteurs médicaux, c'est qu'il est vendu à l'industrie pharmaceutique !
S'il ne reçoit plus la visite médicale, il n'est plus dans le coup ou "trop générique"
S'il prescrit trop, c'est un trop gros prescripteur déraisonnable !
S'il prescrit peu, un trop petit prescripteur avare de ses prescriptions !

S’il sourit et fait la bise facilement … il est trop familier !
Si distrait ou préoccupé, et qu'il n’a pas vu quelqu'un … il est distant !


Quand il a une cravate il est trop conformiste et quand il n'en a pas il est irrespectueux ... !

S'il s'habille mal, il est négligeant et s'il habille bien, il en fait trop ...



S’il est jeune … il n’a pas d’expérience !
S’il est âgé … il devrait prendre sa retraite !


  Bon courage Monsieur le docteur, car malgré tout cela, certains vous diront que vous faites un beau métier ...
et chacun finira par trouver (il faut l’espérer) son "bon docteur"  !

jeudi 14 novembre 2013

"Bonjour, vous êtes dans la musique?"

 

 "Bonjour! Mais on se connait?!

- (!?...)

- vous êtes dans la musique??"

Je venais juste acheter quelques gâteaux et viennoiseries, du pain et un morceau de pizza (pas très diététique, c'est vrai ...) en cette fin d'après midi d'un samedi somme toute assez chargée (je n'avais malheureusement pas eu le temps de manger un bout depuis le matin), et ma journée (ou plutôt demi journée) de travail se terminait à peine en ce mois de novembre, il commençait à faire nuit et il me tardait de rentrer à la maison ... mais tenaillé par la faim, faisant une visite à deux pas de la boulangerie, je me suis dit que c'était aussi l'occasion de saluer les nouveaux propriétaires et surtout madame la boulangère,  que j'avais peut être déjà vue une paire de fois avec ses jeunes enfants ... elle rajouta:

"Mais je vous connais, je vous ai déjà vu avec les enfants, VOUS ÊTES DANS LA MUSIQUE?!!!

- Pourquoi ? Quel instrument? répondis je ...

- Peut être la guitare ... (mais elle commence à avoir un doute et se met à réfléchir ...), je suis sûr de vous avoir déjà vu, vous êtes dans la musique ??

- Non, vous faites erreur, lui dis je, en passant commande ... non, non!! JE SUIS DANS LA MÉDECINE !! ..."

Et tout en mobilisant la quasi totalité de sa mémoire, en allant chercher au plus profond de son cerveau un nom pouvant correspondre à un visage, en jouant des différentes associations musique et médecine ou en essayant de renouer certaines connexions neuronales, et tout cela, en me servant, fronçant les yeux et les sourcils, (et tout en me demandant au passage si je voulais un croissant de plus ... peut être pour mieux compliquer l'exercice ou prendre peut être aussi plus de temps dans sa réflexion ... ) un rien suspicieuse, elle finit par me demander dans une sorte de jaillissement en forme de libération salvatrice, laissant libre cours à toutes les interprétations :

- Vous êtes CHANTEUR, non ?? puis se reprend aussitôt réalisant tout à coup : DOCTEUR !!

- Oui, le docteur ... je pense qu'on s'est déjà vus cet été avec vos enfants ...

- Mais OUI !! Vous ÊTES le DOCTEUR !! aussi je me disais bien que je vous connaissez et puis, vous lui ressemblez tellement !!! ... "

Pour une fois, on ne m'a pas parlé du dernier vaccin à faire ou ne pas faire, de la grand mère ou du tonton qui ne vont pas bien. Nous sommes partis sur un bon éclat de rires, je lui ai dit que j'appréciais beaucoup la comparaison et que j'essaierai de jouer au mieux du stétho la prochaine fois ... et comme elle, dans son exercice de boulangère, il m'était parfois difficile lors de mes consultations d'associer des visages à des noms ...

Je me suis alors dit, encore une fois, que toutes les musiques ne sont pas toujours toutes les mêmes et surtout pas celles que l'on croit. 

Je me suis demandé finalement quelle étrange musique ou quelle autre chanson, je pourrai  continuer à leur jouer, moi aussi, dans une sorte d'indifférence générale qui ne nous met en rien, nous aussi, tout au long de ces journées de travail, à l'abri d'une mémoire parfois défaillante ou trop souvent capricieuse ...

 

 

mercredi 18 septembre 2013

Vos patients ne sont pas vos patients.



Vos patients ne sont pas vos patients.
Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même,
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.


Vous pouvez leur donner vos soins mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.

Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,
pas même dans vos rêves.

Vous pouvez vous efforcer d'être comme eux,
mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s'attarde avec hier.
Vous êtes les arcs par qui, vos patients, comme des flèches vivantes, sont projetés.

L'Archer voit le but sur le chemin de l'infini, et Il vous tend de Sa puissance
pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.

Que votre tension par la main de l'Archer soit pour la joie;
Car de même qu'Il aime la flèche qui vole, Il aime l'arc qui est stable.

(d'après et adapté "très librement" du recueil Le Prophète, de Khalil Gibran, vos enfants ne sont pas vos enfants ...)

dimanche 15 septembre 2013

Dansons la Carmagnole, vive le sang sans "cholestérole" ...

Un petit mot d'une patiente m'a été laissé sur le bureau par ma secrétaire, griffonné sur un bout d'enveloppe :

" Docteur, vous avez oublié de me marqué la Saint VASTINE pour le cholesterole ... "

J'ai expliqué à ma secrétaire que la Simvastatine était une des nombreuses molécules (qu'on appelle statines), utilisées pour abaisser ce foutu cholestérol (au masculin et sans e, et surtout pas "d'oeuf" si on veut le faire baisser ...!! )